{"id":18,"date":"2006-01-26T16:16:13","date_gmt":"2006-01-26T14:16:13","guid":{"rendered":"http:\/\/guilain.omont.net\/madeleine-chapsal\/"},"modified":"2026-08-26T19:38:01","modified_gmt":"2026-08-26T17:38:01","slug":"madeleine-chapsal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dem.li\/guilain\/fr\/blog\/2006\/01\/26\/madeleine-chapsal\/","title":{"rendered":"Madeleine Chapsal"},"content":{"rendered":"<p>Voici quelques citations de \u00ab\u00a0Un \u00e9t\u00e9 dans histoire\u00a0\u00bb de Madeleine Chapsal \ud83d\ude42<\/p>\n<p>En temps ordinaire, nous faisons l&rsquo;amour comme des sauvages, ou plut\u00f4t comme ne le font pas les sauvages : on s&rsquo;enfile, on s&rsquo;agite convulsivement, on pousse trois petits g\u00e9missements plaintifs et \u00e7a y est. J&rsquo;ai toujours d\u00e9sir\u00e9 faire l&rsquo;amour d&rsquo;une autre fa\u00e7on, extr\u00eamement lente. Je ne sais pas s&rsquo;il est ainsi pour les hommes, mais je sais qu&rsquo;on peut mener une femme jusqu&rsquo;\u00e0  l&rsquo;acm\u00e9 de l&rsquo;excitation, jusqu&rsquo;\u00e0  l&rsquo;orgasme, en r\u00e9p\u00e9tant ind\u00e9finiment la m\u00eame caresse au m\u00eame point de son corps, quel qu&rsquo;il soit et m\u00eame s&rsquo;il para\u00eet indiff\u00e9rent au d\u00e9but. Cela fr\u00f4le le supplice, bien entendu, comme tout ce qui touche \u00e0  l&rsquo;\u00e9rotisme. Mais va te faire foutre, c&rsquo;est toujours au m\u00eame traitement vite exp\u00e9di\u00e9 qu&rsquo;on a droit &#8211; comme si nous avions tous, et toutes, un mode d&#8217;emploi, le m\u00eame (avec variante pour le sexe oppos\u00e9), inscrit sur la peau du ventre ! Variante f\u00e9minine : la bouche, les seins, une rapide exploration de la vulve pour voir si c&rsquo;est bien mouill\u00e9 et hop l&rsquo;oiseau au nid. Je parle des meilleurs cas, de ceux o\u00f9 \u00e7a marche, bien entendu. Les autres, passons-les par profits et pertes.<!--more--><\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Ma philosophie est courte : \u00ab\u00a0Plus il y a en, plus il y en aura.\u00a0\u00bb Le d\u00e9sir se fabrique de ce qui est accompli, d\u00e8s que quelque chose est obtenu il y a relance et un nouvel objet de d\u00e9sir appara\u00eet. Si on en est toujours \u00e0  d\u00e9sirer le m^me, \u00e7a finit par moisir, non, sentir un peu la s\u00e9borrh\u00e9e recuite ?<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Je tente de lui proposer des rem\u00e8des, des solutions, mais \u00e7a l&rsquo;irrite, elle n&rsquo;en veut pas. Qu&rsquo;est ce qu&rsquo;elle veut alors ? Que nous reparlions de ses malheurs ? De l&rsquo;amour qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas su ou pas voulu conna\u00eetre ? De la sexualit\u00e9, qu&rsquo;elle r\u00e9prouve ? Elle m&rsquo;a souvent dit : \u00ab\u00a0En tous cas, du bas, alors l\u00e0 , jamais je n&rsquo;ai rien eu, jamais une perte, jamais \u00e7a n&rsquo;a coul\u00e9. C&rsquo;est toujours sec. Parfaitement sec.\u00a0\u00bb J&rsquo;ai failli lui dire, oubliant nos \u00e2ges : \u00a0\u00bb Vous seriez un petit peu plus mouill\u00e9ee de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0  que \u00e7a irait peut-\u00eatre mieux par ailleurs\u00a0\u00bb. Mais je ne l&rsquo;ai pas fait. Je ne sais pas pourquoi je me retiens, dans ces cas-l\u00e0 .<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>C&rsquo;est ma frayeur, me sentir indispensable. Ca m&rsquo;est arriv\u00e9 trop souvent. Plus exactement j&rsquo;ai eu trop souvent le sentiment que je l&rsquo;\u00e9tais et qu&rsquo;on n&rsquo;allait plus pouvoir se passer de moi. Tu parles. bernique. Encore une de ces illusions qui vous co\u00fbtent cher, entretenue par les dires d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est ce que j&rsquo;avais de pas normal pour qu&rsquo;on m&rsquo;oublie si vite ? De pas comme les autres ? De pas assez femme ? Je m&rsquo;en suis fait du mal lorsque j&rsquo;\u00e9tais plus jeune \u00e0  me poser comme \u00e7a des questions absurdes et sans r\u00e9ponse&#8230; Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est \u00eatre une femme, me disais-je, une vraie ? De toute \u00e9vidence \u00e7a n&rsquo;\u00e9tait pas moi puisque moi on me quittait, on m&rsquo;oubliait. La vraie femme, \u00e7a ne pouvait \u00eatre que celle avec qui on \u00e9tait quand on n&rsquo;\u00e9tait pas avec moi, celle qu&rsquo;on me pr\u00e9f\u00e9rait. Autrement dit : toutes les femmes sauf moi. Toutes les femmes avaient forc\u00e9ment raison sur moi puisqu&rsquo;on pouvait me quitter pour chacune d&rsquo;entre elles. Je trouvais m\u00eame des motifs irr\u00e9futables \u00e0  leur sup\u00e9riorit\u00e9 : celle-ci, m&rsquo;avait-on dit, \u00e9tait incapable de travailler, juste bonne \u00e0  tenir le m\u00e9nage, \u00e9lever ses enfants et se faire entretenir par un mari honteux d&rsquo;\u00eatre adult\u00e8re &#8211; le r\u00eave quoi ! Cette autre n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un objet sexuel, sans une pens\u00e9e dans le cr\u00e2ne, cr\u00e9meuse, dormeuse, capricieuse, toujours au lit &#8211; exemplaire ! Et celle-l\u00e0 , la dent et l&rsquo;ongle durs, rapace, consommatrice, aimant l&rsquo;or, le luxe, une de ces femmes qui ont la passion d\u00e9mente des objets, de la d\u00e9pense \u00e0  mort&#8230; Voila qui fait marcher non seulement l&rsquo;\u00e9conomie mais les hommes.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>C\u00e9cile, B\u00e9r\u00e9nice, Nicole, etc., derni\u00e8rement Greta. Pour moi, il n&rsquo;y en a jamais eu qu&rsquo;une. La femme de Denis. Une sorte d&rsquo;animal domestique \u00e0  mille t\u00eates qu&rsquo;il s&rsquo;agit de bien nourrir, bien traiter, et soigner s&rsquo;il est malade. Denis, je le sens, m&rsquo;en est tr\u00e8s reconnaissant. Du fait, surtout, que je n&rsquo;ai jamais l&rsquo;air de m&rsquo;apercevoir que ce n&rsquo;est pas la m\u00eame que l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re. Pour ce que j&rsquo;en ai \u00e0  faire&#8230; Toutefois je finis par l&rsquo;aimer, cette vari\u00e9t\u00e9, \u00e7a distrait.<\/p>\n<p>Je sais bien que tout cela est plus s\u00e9rieux, plus grave, et qu&rsquo;il y a probablement une lacune. Dans ce que je dis comme dans les relations de Denis avec la gent f\u00e9minine. Mais \u00e7a n&rsquo;est pas mon affaire. Ou plut\u00f4t, s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas comme \u00e7a il ne serait pas ce qu&rsquo;il est. S&rsquo;il \u00e9tait Tristan et s&rsquo;il avait trouv\u00e9 son Iseut ce serait un autre homme. Plein d&rsquo;excellentes qualit\u00e9s, c&rsquo;est possible, mais il n&rsquo;y aurait plus ce feu d&rsquo;artifice p\u00e9taradant qui nous enchante tel quel en illuminant d&rsquo;une fa\u00e7on parfaitement inattendue la nuit noire de nos habitudes. Si souvent on s&rsquo;est dit \u00ab\u00a0cette fois c&rsquo;est le bouquet\u00a0\u00bb, et puis non ! Ca ne l&rsquo;\u00e9tait pas.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Alexis est diff\u00e9rent. Il dessine tr\u00e8s lentement des paysages, l\u00e0  il y a la rivi\u00e8re, puis les pr\u00e9s, puis la for\u00eat, et derri\u00e8re la for\u00eat la colline. Sur la colline il y a une maison, avec une tour. Au haut de la tour, il y a une terasse avec un petit clocheton. Tout en haut du clocheton, il y a une estrade avec un si\u00e8ge, un gros fauteuil, et sur le coussin du fautueil, qu&rsquo;y-a-t-il ? Eh bien lui, Alexis ! Quelle surprise, n&rsquo;est-ce pas merveilleux ? C&rsquo;est merveilleux, mais \u00e7a prend du temps, il faut d\u00e9crire chaque patte de chaque mouton qui est en train de pa\u00eetre dans la prairie, avant qu&rsquo;on en arrive au plus beau, \u00e0  lui. Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs jamais le m\u00eame paysage, si on met de c\u00f4t\u00e9 le fait qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent tous la m\u00eame chose. Je ne m&rsquo;ennuie pourtant pas \u00e0  l&rsquo;entendre ainsi cheminer. Il y avait si longtemps ! Il me semble m\u00eame que sa conversation s&rsquo;est enrichie, encore plus de feuilles aux arbres et de couleurs aux rideaux du ch\u00e2teur.<\/p>\n<p>De temps \u00e0  autre, pour montrer que je m&rsquo;int\u00e9resse, je qu\u00e9mande un \u00e9claircissement : \u00ab\u00a0Mais je croyais qu&rsquo;il y avait un lac, avec des poissons ?\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0S\u00fbr qu&rsquo;il y a un lac avec des poissons, et tu sais ce qu&rsquo;ils font, les poissons ? Eh bien je vais te le dire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que je r\u00e9p\u00e8te \u00e0  mes filles : \u00ab\u00a0Avant tout, l&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e9conomique\u00a0\u00bb. Mais je ne suis pas s\u00fbre qu&rsquo;elles en veuillent. En fait, je crois qu&rsquo;elles aiment recevoir de l&rsquo;argent des hommes, c&rsquo;est \u00e7a qui leur donne le sentiment de valeur. Tant de gens sont comme \u00e7a : ils valent \u00e0  leurs propres yeux exactement ce qu&rsquo;ils co\u00fbtent \u00e0  autrui. Moi d\u00e9sormais, je ne co\u00fbte rien \u00e0  personne. Est-ce \u00e7a qui est dur \u00e0  porter ?<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>On ne devrait jamais lire ce qu&rsquo;\u00e9crivent les gens qu&rsquo;on aime, \u00e7a m&rsquo;est arriv\u00e9 et je l&rsquo;ai regrett\u00e9. Quelqu&rsquo;un dont j&rsquo;\u00e9tais amoureuse avait \u00e9crit un livre qu&rsquo;il m&rsquo;avait apport\u00e9 un jour, tout imprim\u00e9. Qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;ai pu pleurer \u00e0  chaque page, presque \u00e0  chaque ligne ! Je ne sais pas pourquoi mais je me sentais abandonn\u00e9e, et je n&rsquo;ai jamais pu le terminer ni m\u00eame le relire. Je savais seulement que je le trouvais bien et que c&rsquo;\u00e9tait en partie ce qui me faisait pleurer. C&rsquo;\u00e9tait tellement mieux, plus achev\u00e9 que tout ce que nous pourrions jamais vivre ensemble. Tellement plus dr\u00f4le aussi et il avait d\u00fb prendre tant de plaisir \u00e0  le faire. Il me semblait que notre amour \u00e9tait fichu puisque, me connaissant, m&rsquo;aimant, couchant avec moi, il pouvait quand m\u00eame \u00e9crire \u00e7a.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Pauvre petit R\u00e9mi. Il essaie de jouer avec son verre, on le lui retire, avec un bout de pain, on le lui prend, avec ce qu&rsquo;il a dans son assiette, on tape sur sa main. Alors, pauvret, il tente de saisir la fourchette qu&rsquo;on lui tend pour se nourrir lui-m\u00eame, sortir de cette passivit\u00e9 impos\u00e9e, et, l\u00e0 , c&rsquo;est l&rsquo;enguelade : \u00ab\u00a0R\u00e9mi, si tu n&rsquo;es pas sage, au lit tout de suite et sans dessert !\u00a0\u00bb. Le courage de cet enfant, c&rsquo;est \u00e0  peine si sa l\u00e8vre gonfle un peu et si une petite ligne appara\u00eet entre ses deux sourcils, rien d&rsquo;autre ne bouge, m\u00eame ses pieds demeurent immobiles. Il attend la fin. Si on prenait en gros plan, avec une camera, tout ce qui se passe pendant le repas d&rsquo;un enfant de deux ans, toutes les brimades, les gestes durs, cruels, sadiques, les interdictions distribu\u00e9es en d\u00e9pit du bon sens, je crois que les gens crieraient gr\u00e2ce. Et pourtant ils survivent. Est-ce vrai ? Est-ce qu&rsquo;on survit vraiment aux tortures de l&rsquo;enfance ? Je me le demande. Peut-\u00eatre est-on comme les tortues ? Il para\u00eet qu&rsquo;elles ne se d\u00e9veloppement jamais bien, sous nos climats, qu&rsquo;en fait, depuis le jour de leur naissance, elles sont en train de mourir de mort lente. On croit que c&rsquo;est leur caract\u00e8re, cette lenteur, cette l\u00e9thargie, et c&rsquo;est la mort. C&rsquo;est peut-\u00eatre notre cas. Un jour, petit, on a re\u00e7u un coup mortel, et depuis on ne fait plus que tra\u00eener son agonie. Ce qui expliquerait que plus rien ne va vraiment bien. Il faudra que je le sorte, ce petit R\u00e9mi, que je le laisse faire un peu tout ce qu&rsquo;il veut, tout \u00e0  l&rsquo;heure.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Le petit court apr\u00e8s les crabes. Quand il en voit un, il s&rsquo;accroupit, pointe son doigt et me regarde en poussant un petit cri. \u00ab\u00a0Oui, mon ch\u00e9ri, c&rsquo;est un crabe, un gros\u00a0\u00bb. Je pourrais lui dire que \u00e7a pince, mais tout \u00e0  coup \u00e7a m&rsquo;ennuie de lui dire \u00e7a : \u00e7a pince, \u00e7a fait mal, \u00e7a mord, attention, c&rsquo;est dangereux&#8230; J&rsquo;ai entendu \u00e7a toute ma vie, je l&rsquo;ai r\u00e9p\u00e9t\u00e9 cent mille fois moi-m\u00eame. Brusquement j&rsquo;en ai assez, comme d&rsquo;\u00e9crire. C&rsquo;est comme c&rsquo;est, et faites ce que vous voulez. Vous verrez bien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici quelques citations de \u00ab\u00a0Un \u00e9t\u00e9 dans histoire\u00a0\u00bb de Madeleine Chapsal \ud83d\ude42 En temps ordinaire, nous faisons l&rsquo;amour comme des sauvages, ou plut\u00f4t comme ne le font pas les sauvages : on s&rsquo;enfile, on s&rsquo;agite convulsivement, on pousse trois petits g\u00e9missements plaintifs et \u00e7a y est. 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