Interview de ma mère sur son enfance

J’ai interviewé ma mère sur son enfance. L’interview dure environ une heure. Deux autres interviews seront bientôt publiées : sur sa vie d’adulte, puis sur la religion.

Voici la transcription :

Guilain:
Ça tourne. Ça va ?
Marie-Noëlle:
Oui, ça va. Et toi, ça va ?
Guilain:
Ouais, ça va. Alors, je voulais aborder trois thèmes avec toi, mais on pourra commencer, peut-être on finira pas et peut-être on fera la prochaine fois.
Marie-Noëlle:
Peut-être.
Guilain:
Premier thème, c’est ta jeunesse. Comment c’était…
Marie-Noëlle:
C’était il y a longtemps.
Guilain:
C’était il y a longtemps. Deuxième thème, c’est notre jeunesse. Comment c’était… C’était il y a moins longtemps.
Marie-Noëlle:
Il y a moins longtemps.
Guilain:
Et le troisième thème, c’est la religion parce que ça prend une place importante dans ta vie.
Marie-Noëlle:
C’est tout à fait vrai.
Guilain:
Voilà. Et donc on peut commencer par ton enfance. Derrière, j’ai quand même l’idée que parmi tes sept, enfin les huit frères et sœurs que vous étiez et parmi le milieu d’où tu viens, tu es quand même plus intéressée par la psychologie que la moyenne. Donc il y a chez moi une petite curiosité aussi de d’essayer de comprendre pourquoi. Bon, on peut parler déjà de : tu racontes comment c’était, où tu as vécu, avec qui quand, comment ?
Marie-Noëlle:
Bah, je sais pas ce que tu veux savoir, de qui, de où, de quoi, je sais pas… Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’est pas assez… C’est trop vague ce que tu demandes…
Guilain:
Et bien, avec qui tu as passé ton enfance ? Tu habitais où et tu étais avec qui ?
Marie-Noëlle:
Ah avec qui ? Alors, il y avait tous mes frères et sœurs, sauf Brigitte qui était mariée quand j’avais 3 ans. Mais je suis beaucoup allée, chez Brigitte, et Nathalie est beaucoup venu à Éprunes parce qu’elle a 3 ans de moins que moi. Et puis moi, je jouais avec Rémi, un peu avec Henri et puis après Édith, elle avait 7 ans de plus que moi donc on a pas joué mais j’étais très contente quand Édith était là. Voilà.
Guilain:
Et c’était comment l’ambiance à la maison ?
Marie-Noëlle:
Ben c’était, euh… J’ai l’impression que c’était assez… Il y a rien rien de particulier… C’était à table qu’on se rencontrait et moi j’étais toujours sur le bord là de cette table pour pouvoir regarder tout le monde, parce que je parlais beaucoup moins que les autres. Enfin, ça dépendait sûrement lesquels. Les grands, je me rendais pas tout à fait compte de ce qu’ils faisaient. C’était vraiment très différent. Ben voilà, c’était comme ça. Et donc d’avoir des grands frères et des grandes sœurs, j’ai beaucoup regardé. Et il y avait des choses dans ce qui faisaient qui m’intéressait pas particulièrement et puis d’autres où ça m’intéressait, et voilà.
Guilain:
Quoi par exemple ? Qu’est-ce qui t’intéressait chez les grands frères et grandes- sœurs ?
Marie-Noëlle:
Ben ce qu’on faisait quand on était grand. Ils parlaient de leur vie à eux. Ceux qui parlaient de leur école, c’était quelquefois pas très joli parce qu’il y en a qui étaient pas très fait pour les écoles. Donc voilà. Mon frère Vincent, il parlait pas. Il parlait pas, mais moi, ça me dérangeait pas. Christian, c’était celui qui était là partout à casser les pieds tout le monde ou alors à être très sympa avec toi. Mais bon voilà, Yves il était carrément plus vieux. Et puis ben voilà les autres, j’ai dit. Et puis il y a Rémi. Bon alors lui, pour le coup, il était très proche de moi. Et alors nous (ma mère, mes deux frères du dessus Henri et Rémi, et moi), on allait voir une femme, je sais pas ce qu’elle était cette femme, qui s’occupait en fait des enfants qui ont des difficultés.
Guilain:
De dyslexie…
Marie-Noëlle:
Ouais, de dyslexie. Ils avaient commencé avant avant moi, mais ils y allaient, et moi j’ai eu le droit de les suivre et puis c’est vrai qu’il y a une époque où Rémi – je pense que ça a pas duré longtemps du tout – c’était très très difficile d’aller à l’école pour lui. C’est vrai. Et donc j’étais un peu jalouse parce que ma mère a passé un temps infini avec lui et que moi j’avais pas besoin d’aide. Elle a bien fait de le faire et je pense quand même que après une fois que j’ai compris ce qu’était la difficulté de Rémi et que c’est vraiment pas drôle parce que ça te zigouille beaucoup de choses – il arrivait pas à parler, il arrivait pas… Il était très gentil. Il est très comme il est toujours, il est très avenant avec les gens avec qui il avait pas peur. Et c’est vrai que je me disais, moi, j’ai beaucoup de chance et j’ai pas de problème à l’école et donc ben voilà il faut que je laisse ma mère travailler plus avec Rémi et avec Henri. Mais avec Henri, c’était moins voyant et donc ouais voilà, c’est normal qu’elle m’aide pas, parce que il y a pas besoin de m’aider. Et Rémi, il faut l’aider. Donc elle passe son temps et ça c’est important dans ma vie, ça ce coup-là parce que je l’avais dans ma famille mais il y en a ailleurs et donc ça, ça permet de s’adapter beaucoup plus facilement quand tu es dans une autre famille. Et donc peut-être que là aussi je regardais comment faisaient les autres. Est-ce qu’ils étaient comme Rémi, est-ce qu’ils ne l’étaient pas…
Guilain:
Qu’est-ce que tu faisais avec Rémi en général ?
Marie-Noëlle:
En général, on jouait comme deux enfants. Tantôt on était dans la même chambre, tantôt on l’était pas. Moi, j’ai habité dans toutes les chambres de la maison. Il y en a 12. Rémi, on a fait du vélo ensemble, on a construit des petites baraques ensemble, on a peint. Il y a dans les chambres
les gens qui venaient travailler seulement pour arracher les betteraves, les saisonniers – non, c’était pas pour les arracher d’ailleurs. À un moment, ça n’a plus existé et avec Rémi, on a demandé à papa et à maman si on pouvait prendre deux chambres parce qu’il y avait des chambres qui communiquaient et et que ce soit notre maison à nous. Alors, on a fait notre maison à nous. Et du coup, on a on a lavé, c’était pas c’était pas très sale. Et on a on a peint. On a peint les deux chambres et puis il y avait une une armoire qu’on a peint aussi. Là, on avait rien à mettre dedans mais ça fait rien. On était là et puis – ça c’est quand on était un peu plus grand, quand on avait, moi je devais avoir l’âge de Søren (11 ans). Puis moi je suivais, je suivais dès qu’il y avait quelqu’un qui bougeait, hop je m’accrochais et puis je faisais avec lui. Ouais ouais voilà.
Guilain:
Et c’était comment tes relations avec tes parents ? Ta mère et ton père ?
Marie-Noëlle:
Il est évident que, à l’adolescence, on peut trouver que ça colle pas, mais quand tu relis, quand tu vois ce qui se passe, que elle, elle est quand même très attentive et très très ouverte… J’avais pas imaginé ça, j’avais pas vu ça parce que tu as pas d’autres parents, tu peux pas voir. Bah ma mère, elle a pas eu une vie facile. Elle a pas eu une vie facile parce que dans sa jeune enfance… et puis bon enfin, disons de la mort de sa mère à la fin de la guerre quoi. Ça fait quand même un bout de terrain.
Guilain:
Elle est morte quand sa mère ?
Marie-Noëlle:
Quand elle avait 15 ans. Donc 10 ans entre la la mort de sa mère et la fin de la guerre. Euh très éprouvant pour ma mère. Moi je croyais que c’était quand elle avait 12 ans mais là on m’a dit, non non c’est une erreur, c’est 15 ans, mais elle était quand même à l’école, elle était à Brunoy chez les bonnes sœurs où j’ai passé mes 12 ans d’école. Et tante Maryvonne, qui a 7 ans de moins que maman, elle avait donc 8 ans, c’est ça ? Et bien, ma mère était chargée à l’école de s’occuper de sa sœur. Elles étaient toutes les deux dans la même chambre. Je trouve que c’est pas simple ça. Elle a un peu remplacé la mère au moment où elle est morte. Et elle aimait beaucoup son père. Il y avait encore son père et elle retournait le weekend, en tant que pensionnaires.
Guilain:
Comment ça marchait ?
Marie-Noëlle:
Ça sortait toutes les 3 semaines.
Guilain:
Ah donc toutes les trois semaines, elles allaient un weekend chez leur père
Marie-Noëlle:
le weekend tu partais le samedi matin, ou le midi, j’en sais rien. Tu revenais le dimanche soir.
Guilain:
Ah oui donc elle voyait relativement peu son père. C’était comme ça déjà avant la mort de sa mère ?
Marie-Noëlle:
C’était comme ça chez les agriculteurs. Il y en avait beaucoup qui étaient comme ça.
Guilain:
Donc ils revenaient que un weekend – enfin une
journée – toutes les trois semaines ?
Marie-Noëlle:
Édith, à son époque, je pense qu’elle avait le weekend complet mais ça a été pour elle très difficile…
Guilain:
Parce que ta génération aussi ?
Marie-Noëlle:
Oui, mais moi je, moi j’ai, ça je peux dire, j’ai écouté Édith, et comme il y a 7 ans avec moi, quand moi je suis rentrée à l’école, elle n’était plus pensionnaire. Elle a été pensionnaire en CE1 ou en CE2.
Guilain:
Donc elle était pensionnaire, elle rentrait que tous les trois semaines ?
Marie-Noëlle:
Ouais. Et pour elle c’était une horreur. Elle et donc pour moi, j’ai dit : jamais j’irai.
Guilain:
Et donc toi tu faisais des allers-retours tous les jours ?
Marie-Noëlle:
Oui.
Sauf, sauf en première et terminale.
Guilain:
Qu’est-ce qui s’est passé en première terminale ?
Marie-Noëlle:
Bah rien.
Guilain:
Tu as choisi d’être… Ah oui. Ah oui, il y avait plus personne à la maison.
Marie-Noëlle:
Plus personne à la maison. Et puis bon, ça libérait mes parents mais là c’est différent.
Guilain:
Et donc là tu étais sur le rythme en première et terminal tu étais sur le même rythme que ta mère ?
Marie-Noëlle:
Non c’était toutes les semaines. On de toute façon on rentrait le vendredi soir on revenait le lundi matin. Ça n’avait rien à voir.
Guilain:
Ouais. Donc tu as échappé à ça mais de justesse parce que si Édith y était 7 ans avant toi, euh tu aurais pu y être aussi quoi. Tu serais né 10 ans plus tôt, tu étais, quoi.
Marie-Noëlle:
Euh oui je pense que ouais. Ah bah oui mais je sais pas très bien pour les garçons ce qui se passait parce qu’on parlait pas.
Guilain:
Pourquoi elle trouvait ça si difficile, Édith ?
Marie-Noëlle:
Parce qu’elle voulait pas séparer de la maison. Puis il peut que puis peut-être qu’elle était avec des gens qui lui convenaient pas. Ça je sais pas, mais ça lui convenait pas du tout. Tandis que tante Maryvonne, la sœur de maman, elle a continué là ses études. Mais maman est parti, mais elle s’est fait des copines, elle a bien rigolé.
Guilain:
Et avec ton père ?
Marie-Noëlle:
Ben mon père, qu’est-ce que je peux dire ? Il ne cherchait pas qu’on aille le voir. Mais si on demandait quelque chose, il le faisait très volontiers. Je sais qu’une fois, on avait un truc sur la chèvre de Monsieur Seguin et on a on avait pas beaucoup de bouquins, il fallait dessiner une chèvre et il a dessiné une très belle chèvre. Mais on peut pas dire qu’il était absent Il aimait bien le groupe, sûrement. Il aimait bien qu’on soit en groupe. Sinon il était pas compliqué.
Guilain:
Il parlait pas beaucoup à table ?
Marie-Noëlle:
Bah si à table il parlait. Oui.
Guilain:
Il racontait quoi ?
Marie-Noëlle:
Alors euh, il a dû raconter plusieurs fois les trois histoires de quand il était en captivité pendant la guerre.
Guilain:
C’est quoi ces histoires ? Je ne connais pas, moi !
Marie-Noëlle:
Alors il y en a une, c’est :
Les Allemands leur donnaient des chaussures, mais ils en donnaient pas beaucoup. Et donc de temps en temps, il remettait les chaussures, mais il faut montrer que tes chaussures à toi étaient abîmées. Et il y en a un qui arrivait pas à abîmer ses chaussures. Et alors donc une première fois il réussi à avoir une deuxième paire de chaussures. Et quand il est revenu avec la chaussure gauche d’une paire et la chaussure droite de l’autre, il a dit : regardez mes chaussures, ça va pas du tout, ils l’ont donné. Alors qu’il n’en avait pas besoin, des
chaussures. Le truc complètement ridicule.
Guilain:
Ça, il l’a raconté plusieurs fois ?
Marie-Noëlle:
Ah oui, tout le monde riait et après les deux autres histoires, moi je riais pas tellement (pour
les chaussures si), il y en avait un de ses copains qui était un intello et puis il avait reçu des pommes de terre pour les manger. Et il a dit « Je vais garder mes pommes de terre pour les mettre dans les champs. » Et alors, comment est-ce qu’il faut que je fasse ? Et lui ont dit, « Tu dois les faire cuire avant et les mettre dans la terre après. »
Guilain:
C’était pas sympa.
Marie-Noëlle:
Ah oui oui. Et puis l’autre un autre qui avait reçu des spaghettis et alors – non, celui-là on pouvait
rigoler – et il savait pas le faire non plus. Mais ça devait être le même si ça se trouve. Il disait : si je les mets dans l’eau, comment je vais faire ? Normalement, tu penses bien que tu vas aller mettre une passoire, mais là non, débrouille-toi. Tu n’as qu’à les prendre au-dessus là et puis après quand ils seront bien brûlé en bas, quand ce sera bien cuit, hop, tu feras l’inverse, tu prends en bas et tu cuis le haut. Le pauvre gars, je me disais quand même, il se brûlait la main et pourquoi il lui
donnait cette… ? C’est moins méchant que l’autre. Mais mais bon, je me disais… On sait que c’était l’horreur mais et ça mène quelquefois à des trucs… Sinon, il a dit qu’il remettrait jamais les pieds en Autriche.
Guilain:
C’est les seules choses qu’il racontaient de sa captivité ?
Marie-Noëlle:
Oui et je suis persuadée que les parents, ils ont souffert tous les deux. Euh, ils ont décidé que si jamais il leur arrivait un… Si l’un était malade et l’autre pas, qu’il n’allait pas se séparer. Parce que, c’est peut-être une erreur, mais ma mère, elle a pas réussi à se séparer de mon père, alors qu’il fallait absolument qu’il soit de l’hôpital parce que c’était l’hôpital à la maison.
Guilain:
C’est quand ça ? Ah oui, quand il a eu son son cancer.
Marie-Noëlle:
Oui. Oui. Bah quand il est mort quoi.
Guilain:
Donc ça, c’était bien plus tard. Là on est en 1983, 1984.
Marie-Noëlle:
Grégoire il est de 1984 donc c’est 1985.
Guilain:
Il est resté à la maison. Oui, enfin là du coup c’était au Mée – je me souviens – et ils auraient dû se séparer avant, elle aurait dû le mettre à l’hôpital avant, mais elle ne voulait pas ?
Marie-Noëlle:
C’était l’enfer. Oui, Brigitte l’a obligé à le mettre à l’hôpital et ça s’est très très mal passé
Guilain:
et il ne voulait pas…
Marie-Noëlle:
C’est maman qui ne voulait pas
Guilain:
Pourquoi elle ne voulait pas ?
Marie-Noëlle:
Mais parce que je pense que justement, ils s’étaient dit qu’il ne se sépareraient pas. Maman, elle en parlait après mais elle ne parlait que de l’attitude de Brigitte. Évidemment, moi je ne lui ai pas demandé si ils s’étaient dit des trucs. Moi elle me disait ce qu’elle voulait me raconter, mais c’était vrai que Brigitte, ça ne lui plaisait pas d’avoir à faire ce travail donc elle est arrivée certainement un peu brutalement et puis peut-être elle ne pouvait pas faire autrement mais on a dit qu’il fallait absolument que que ça s’arrête parce que plus personne ne dormait et c’était l’enfer. On était deux enfants là, les dernières fois, enfin pendant les deux derniers mois. Moi j’ai même dit à un moment, je ne peux plus y aller. J’allais pendant 3 jours. Vincent, il restait avec vous, les quatre là…
Guilain:
Les trois…
Marie-Noëlle:
Ah oui trois… J’en revenais, j’étais complètement,
complètement liquéfié. Alors on était deux par deux. Une fois j’étais
avec Yves. Donc voilà ça ça c’est vrai que
c’était bien… D’autre fois avec Édith, c’était…
Guilain:
Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il fallait faire ?
Marie-Noëlle:
Ah ben qu’est-ce qu’il fallait faire ? Il fallait qu’il se barre pas. Il fallait que… Il cassait tout. Il racontait n’importe quoi. Il arrachait les… Il arrivait pas à boire. Il fallait lui donner à boire, absolument, il te le crachait. Enfin c’était l’enfer. L’enfer, l’enfer. Et maman, elle ne dormait pas. Donc elle était très agitée. On lui demandait de se de se reposer mais elle pouvait pas. Enfin, c’est vraiment pas drôle du tout… Ce qui n’est pas du tout arrivé pour elle. Tant mieux !
Guilain:
Il y avait d’autres personnes aussi à Éprunes ?
Marie-Noëlle:
Ah oui bien sûr. il y avait le jardinier et moi, j’allais très volontiers avec le jardinier. Il me racontait – alors attends comment c’est – quoi de neuf, il me disait, et puis il voulait que je dise : la moitié de 18. Quoi de 9… Bon voilà donc quelque fois… j’étais là à baratiner avec lui. Moi, j’ai jamais fait de jardin, je sais pas. Et puis, dans la maison, moi j’ai pas connu tout le monde qui habitait. Il y avait une cuisinière que j’ai, peut-être qu’e ‘elle est partie quand j’avais 7 ou 8 ans et puis, il est resté Ninine. Alors c’est une couturière qui nous a fait tous nos vêtements parce que il y avait pas de magasin. Elle faisait tous nos vêtements. Enfin, elle en avait moins à faire pour moi puisque je récupérais ceux des autres… Je suis allée à l’école juste avant le CP quoi. J’ai fait la dernière année de – d’ailleurs il y en avait pas d’autres hein – il y avait que la dernière année de maternelle, mais je venais que deux jours par semaine.Voilà, j’aimais bien ça et je me rappelle que je me suis fait gronder parce que c’était des petites tables ovales là comme on en voyait beaucoup pour les écoles, comme on en voit encore, où il y a six gamins qui se mettent dessus là et j’ai nagé là et je me suis fait attraper.
Guilain:
Et Ninine, tu passais beaucoup de temps avec elle ?
Marie-Noëlle:
Et à l’école, en grande section, on avait un cahier et enfin je sais pas si c’est un cahier ou des feuilles parce qu’on en a pas fait beaucoup, mais j’ai écrit sac, plusieurs fois dans la ligne. Je dis bon, ça y est, j’ai compris comment on écrit. Voilà, je me rappelle de ça.
Et Ninine ? Oui. Oui. Alors Ninine, moi je passais mon temps avec elle. Elle faisait plein de trucs. Elle était très très douée. J’ai su, il y a pas très
longtemps, qu’en fait cette femme-là – elle travaillait déjà là, à partir de la naissance de ma mère, donc c’est en 1920, donc elle elle devait avoir 18 ans ou 20 ans, et apparemment, mais ça je le savais pas -, en fait, elle était fiancée, pendant la guerre de 18. Son fiancé est mort à la guerre donc elle s’est retrouvée toute seule et elle s’est jamais remariée. Alors elle avait une maison à Pécy. Non, c’est à Jouy le Châtel. Enfin c’est le patelin d’à côté. Ma mère, elle est née à Pécy, là où il y a en ce moment encore Agnès de Préaumont. Donc maman elle est née là et donc on allait pas dans la maison où il y a maintenant Agnès parce que c’était d’autres gens qui cultivaient. Je sais pas. Et puis elle prenait des vacances et donc on allait chez elle et puis ça sentait le… pas trop ouvert quoi. Ça sentait un peu le rassis. Et alors et dehors, il y avait des plantes, des plates bandes, avec je sais pas comment s’appelle cette fleur, c’est quand elle est prête à éclater, tu fais comme
ça, puis ça fait des trucs, alors on passait notre après-midi ou notre journée à faire ça avec Rémi. C’était très drôle et puis, voilà elle revenait et moi, bah je papotais aussi avec elle, comme avec le jardinier, mais j’ai fait un peu de couture, j’ai rangé des trucs, fais je sais pas quoi mais j’ai passé beaucoup de temps avec elle. Les jours où j’allais pas à l’école la première année et puis après, sûrement, encore pendant les vacances, tout ça. Elle nous faisait faire des trucs avec Rémi, des trucs en feutrine, en machin truc. Voilà et puis la cuisinière, j’aimais bien, elle faisait des chips, ça ressemble plus vraiment aux chips qu’on fait maintenant mais les chips qu’on avait quand elle est partie, c’était pas ça. Voilà, elle faisait plein de trucs et puis un jour elle a dépecé devant moi un lièvre – c’est pas la première fois que je voyais ça – mais il devait très très abîmé et ça puait, c’était atroce. Et depuis ce jour-là, je n’ai plus jamais pu voir ces bestiaux. Et surtout quand je me suis mariée, je me suis dit : oh là là, si c’est moi qui dois faire ça, je le ferai jamais. Autant le dire tout de suite que je n’y toucherai pas. Et ça a bien marché. De toute façon, c’est vrai que c’est voilà. Oh non, c’est pas beau. Bon, mais j’allais beaucoup chez Brigitte.
Guilain:
Tu faisais quoi chez Brigitte ?
Marie-Noëlle:
Alors ben je jouais avec Nathalie. Je jouais avec Nathalie, un peu avec Cyril, pas beaucoup. Mais avec Nathalie, on jouait à la marchande. C’est-à-dire qu’on on faisait nos étalages, on savait s’étaler. Après pour le ranger, c’était plus compliqué.
Guilain:
Elle habitait où ?
Marie-Noëlle:
À Frileuse Oui, tu vois à côté d’Orsay. Voilà. Alors Brigitte, pas de difficulté.
Guilain:
Et vous partiez en vacances des fois ou… ?
Marie-Noëlle:
Oui, on allait en vacances. On allait en vacances. Alors l’été, c’était chez la sœur aînée de maman Hélène Oury, à la Ciotta et on y restait je pense 15 jours. Voilà, j’aimais bien ça parce qu’il y avait énormément de monde. On avait tous une charge à faire. On était une vingtaine et moi je devais ranger les serviettes de table jusqu’à ce que j’ai 10 ans, 12 ans. Toujours la même chose. Je n’ai jamais demandé plus. Bah écoute, hein.. Alors, je mettais les serviettes de table et je la ramassais. Mais on aimait bien arroser parce qu’il fallait arroser. Un très grand parc. Voilà, deux étages. Enfin, il y a la mer. Au niveau de la mer, il y a une prairie, une petite prairie, enfin qui est déjà grande, où il y a une maison neuve et puis après, il y a une espèce de falaise et en haut, ça rejoint la route et là, il y a la maison principale et puis il y avait un ce qu’on appelle le colombier où il y avait beaucoup de lit. Voilà. Et euh bon ben moi j’aimais bien parce qu’il y avait les grands qui racontaient leurs histoires, leurs machins, leurs trucs.
Guilain:
Et vous faisiez quoi ?
Marie-Noëlle:
Euh bah on était dans la mer et puis il fallait faire la sieste parce que c’était trop… Alors pendant la
sieste on était dans une maison puis on jouait ensemble. Et puis il y avait un bateau et on faisait du ski nautique. Et puis une journée dans les Calanques de Cassis. Voilà. On faisait pas grand-chose, mais bon… C’était de rencontrer les autres. C’est vrai qu’il y avait des cousins, il y a eu beaucoup de cousins. Donc pour moi c’était tous des grands. Alors j’étais vraiment la plus petite, moi, de de toutes les familles. Et Marie ne venait pas… Enfin si, de temps en temps, très peu, je vois pas, il y avait pas Marie.
Guilain:
Pourquoi ?
Marie-Noëlle:
Mais je ne sais pas, Tante Maryvonne, elle devait pas venir là, je sais pas. J’ai pas de souvenir de Marie. J’aurais dû parce que Marie elle a juste un an ou deux de plus que moi. Mais c’est à l’Alpe d’Huez qu’on se voyait. Alors là aussi c’est pareil, on allait comme vous vous y alliez 12 jours
Guilain:
À Pâques ?
Marie-Noëlle:
À Pâques. Pour le coup, là, j’étais avec Marie.
Guilain:
Donc vous y alliez à deux, avec tante Maryvonne et Madidine ?
Marie-Noëlle:
Oui.
Guilain:
Et avec tous les enfants ?
Marie-Noëlle:
Ouais. Mais bon, on est on est allé à l’horizon l’année après que je sois me soit cassé la jambe. Alors je me suis cassé la jambe en CM1, enfin, à 8 ans.
Guilain:
En ski ?
Marie-Noëlle:
Oui.
Guilain:
Mais ça faisait beaucoup de gens !
Marie-Noëlle:
Ben oui, on tenait dans l’appartement. Alors, avant c’était deux appartements. Bon, elle louait deux appartements différents mais tout le monde déjeunait dans le même et voilà. Mais l’autre il servait uniquement pour les chambres et puis, comme ça les enfants, nous on allait jouer dedans. Sinon on aurait enquiquiné tout le monde. Et c’était pas si facile hein. Je vais te dire. Moi j’ai je suis pas très doué hein et en fait j’aimais bien ça, mais c’était quand même assez lourd puisque il fallait faire des trajets absolument monstrueux à pied pour pouvoir aller de l’horizon jusqu’au cours parce qu’il y avait que ça dans le paysage hein. Donc on traînait les les skis. Les skis, ils étaient très longs, ils nous faisaient tenir la main, il fallait que ce soit là-haut dans la main et il faut les porter, c’est du bois. Mais bon, j’allais au cours, j’ai rien appris parce qu’on était très très nombreux et en fait, le temps de monter, le temps de faire la queue… Parce qu’il n’y avait pas de truc pour remonter.
Guilain:
Des tire-fesses ?
Marie-Noëlle:
Il y en avait très peu donc il fallait qu’on parte vers les sièges du Signal. Bon mais il fallait laisser passer tous les plus grands. T’es dernier, le temps qu’on monte, on descend hop, faut revenir là, et après hop, à la maison.
Guilain:
Tu aimais quand même bien ça ?
Marie-Noëlle:
J’aimais bien ça parce que le samedi et le dimanche, maman elle prenait un moniteur. Alors les premières années, j’ai pas dû y aller, mais après j’y suis allé, et j’ai jamais réussi à voir ma deuxième étoile. C’est là que j’ai appris à skier, j’aimais bien ça parce qu’on papotait quand même dans le groupe. C’est vrai qu’on foutait rien. Enfin, quand je vois ce que font les gamins de cet âge là et ce que nous on faisait. Tu avais un moniteur pour 30 personnes. Qu’est-ce que tu voulais qu’il fasse ? Et tu en as toujours qui savent pas skier. Et bon, moi je trouvais que je savais skier par rapport à eux.
Guilain:
Est-ce que tu y avais des moments où tu t’ennuyais ?
Marie-Noëlle:
Est-ce que j’ai des moments où je m’ennuyais ? Peut-être des moments où j’avais besoin de calme ou je me suis énervée ou je me suis…
Guilain:
Non mais en général, pas que à l’Alpe d’Huez, je parle.
Marie-Noëlle:
Oui. Non, non parce que…
Guilain:
Non tu n’as pas de souvenir d’ennui.
Marie-Noëlle:
Non parce que je… on était très libre, et alors, il fallait pas aller sur la route nationale à 600 mètres. Maintenant, c’est plus du tout une nationale, mais il y avait beaucoup de monde qui passait et donc on avait pas le droit, jusqu’à notre communion. Non, la profession de foi, c’est la profession de foi qui donnait le droit de passer la rue. Enfin, quand tu es tout seul et que tu es derrière, tu n’y vas pas. J’y suis pas allé. Mais sinon, il a quand même des grands terrains. Et avec Rémi, on se préparait des goûters dans les bois, et puis je sais pas, on construisait les petites maisons, on faisait des trucs avec la mousse, on faisait des « je sais pas quoi » et puis on rangeait notre truc. Et une fois, on a fait une énorme bêtise,
une très grosse bêtise absolue. Tous les ans, on faisait une une piscine à paille. C’est-à-dire, ça devait partir à 2,50 m, on montait des trucs et puis on avait mis des pailles – enfin ils avaient mis parce que moi étais trop petite pour le faire – mais ils avaient mis des pailles pour faire une piscine et puis ils mettaient, je sais pas, une dizaine de ballots que tu dépiautes et puis voilà. Ça, ça va. Mais c’était un grand hangar et dedans, il y avait tous les trucs. Là, il y avait Édith, Henri, Rémi et moi et le 5e c’était le fils du vachet qu’a l’âge d’Henri et ils ont creusé des chemins entre les ballots, ça faisait comme une taupe. Il fallait quand même qu’on passe. Et puis ils ont fait une chambre pour qu’on s’asseille. Puis ils ont pris une cigarette et une coquille saint-jacques. Ils ont fumé une cigarette. Pas moi. Fallait pas que je le dise à la maison. Et puis on est ressorti.
Guilain:
Le machin a flambé ?
Marie-Noëlle:
Non. Ah non. Ah non, non, rien n’a flambé. Ah non et ça s’est très bien passé.
Guilain:
C’était un peu fou.
Marie-Noëlle:
On l’a dit très tard. Moi j’étais marié quand on l’a dit. Et c’est moi qui l’ai dit. Mais j’ai tenu ma langue. Non, non et puis moi, je savais m’occuper. Je jouais toute seule. Je me racontais des histoires. Je revois bien Ariane qui fait un peu la même chose que moi. Elle se met tout d’un coup à raconter et elle jouait, il y a personne en face, mais elle jouait. Elle parle à un tel à un tel. C’est même pas les poupées, ni rien. Et voilà, elle fait ça à sa façon évidemment mais voilà. Mais c’est vrai qu’on ne faisait pas de sport, on avait pas… parce que d’abord il devait pas y en avoir tant que ça.
Guilain:
Tu faisais pas de la gymnastique ?
Marie-Noëlle:
C’était à l’école.
Guilain:
Vous faisiez pas du foot ? il aimait pas ça le foot, Rémi ?
Marie-Noëlle:
Ah non, il a jamais aimé le foot. Non, enfin que je sache, Rémi, il n’y a qu’une chose qui compte, c’est la chasse. Ah oui, je suis allée chez ma grand-mère, j’ai le souvenir que d’une seule fois.
Guilain:
Tu es allé chez ta grand-mère qu’une seule fois ?
Marie-Noëlle:
Oui, parce que…
Guilain:
Grand-mère de Meaux ?
Marie-Noëlle:
Oui.
Guilain:
Pourquoi ?
Marie-Noëlle:
Et ben parce qu’e ‘elle est née en 1891. Moi, je suis née en 1957. Disons quand je veux y aller en 60, quand j’avais 3 ans, elle avait 70 ans, plus vieille que moi maintenant. Et elle en avait vu d’autres.
Guilain:
Ah oui ! Ah oui, d’accord. Ah oui oui. Elle en avait un peu marre.
Marie-Noëlle:
Alors si, ce dont je me souviens, ce n’était pas l’avant-dernière maison où elle est allée – moi c’est la seule que j’ai connu celle-là puis ensuite l’appartement, puis ensuite évidemment la maison où elle est restée longtemps, finalement, puisqu’elle est morte à 103 ans. Et ce dont je me souviens, c’est que je prenais un bain. Par terre. Il y avait un truc en bouchon, j’aimais pas ça. À Éprunes, c’était du tissu, et là c’était du bouchon. Tu sais des trucs faits avec du bouchon. Et il avait grand-père et grand-mère qui étaient assis à côté de la baignoire. Mais ça, chez moi, ça existait pas. Maman n’avait pas le temps de venir. Il y a personne qui venait. Il y avait ça et puis le fait que, après le déjeuner, après avoir fait la vaisselle et l’avoir rangée, elle comptait tous ses couverts. Pour être sûr qu’ils ne sont pas tombés dans la poubelle. Parce que c’est de l’argent. Et ben voilà, moi je me souviens de ça et puis je crois bien que c’est tout.
Guilain:
Est-ce que Madidine, elle avait le temps de faire quand même d’autres choses, ou elle était tout le temps à faire des trucs efficaces pour faire tourner la maison ?
Marie-Noëlle:
Ah Madidine. Alors euh… Ce qu’elle a eu de bon – puisque ça c’est bien fini, on peut dire que c’est bon – c’est le fait probablement d’avoir ces difficultés à la guerre avec les Allemands qui voulait la foutre dans les chambres qui sont encore pires. Elle a réussi à tenir tête, elle y est arrivée et je pense que ça a été pour elle… Puis il a fallu qu’elle s’occupe de sa sœur et tout. Elle savait se libérer, elle savait… Je sais pas ce que je vais dire. Ah si, que elle, elle a créé par elle-même, enfin sûrement avec papa, elle a livré du lait cru dans les sacs, dans des villes, dans des petites villes où il y a que des maisons. Le Mée par exemple, il pas devait pas aller au Mée. Enfin bon, bref, des machins comme ça. Et les gens, elle avait laissé les papiers et tout et donc elle livrait des caisses de 15 de 20 machin, elle en avait 6, 7 à vendre quoi. Elle les déposait chez les gens comme ça se fait. Ça se faisait, parce que ça fait plus. Comme chez les anglais. Et puis après, elle a vendu en même temps à la période le lait et les fraises. Elle a vendu des fraises.
Guilain:
Ouais. Mais du coup, ma question c’était est-ce qu’elle avait le temps de faire des choses pour elle simplement ou est-ce qu’elle était tout le temps à faire des choses pour la maison, où il fallait qu’elle soit efficace et productive ?
Marie-Noëlle:
Bon, d’abord il y avait un de peu de monde qui aidait et donc voilà. Ils invitaient assez souvent, pas très souvent mais assez souvent quand même, des amis. Et c’était pas les amis du coin, c’était ceux qui sont autour de Meaux. Ils étaient un peu excentrés par rapport à la…
Guilain:
Pourquoi ?
Marie-Noëlle:
Je ne sais pas très bien, mais je sais qu’elle disait en permanence qu’il fallait pas tomber dans les jeux, où il y a de l’argent. Parce que je pense que son père est pas tombé dedans, mais que c’était peut-être un peu limite. Et ce qui est certain, c’est qu’il y en a d’autres dans le coin, qui ont perdu beaucoup d’argent donc elle avait pas envie de… Et puis il devait y avoir des décalages de générations entre les agriculteurs qui étaient là et puis voilà. Et puis papa, lui, il allait à Meaux pour le Crédit Agricole, il a travaillé, pas comme directeur, il était président et ça a duré très très longtemps. Il y allait et tous ces soirs là, une fois par semaine, il passait une journée entière à Meaux et puis le soir il allait manger avec sa mère et ils étaient vraiment branchés un peu sur…
Guilain:
Mais c’est la famille de ton père qui était plutôt à Meaux ?
Marie-Noëlle:
Oui.
Guilain:
Et la famille de ta mère, ils étaient…
Marie-Noëlle:
On a pas… On a jamais eu de… Enfin on en connaît très peu. Très très peu. Je sais qu’il y en avait un Courpalay, mais moi tu me demandes leur nom, je ne sais même pas.
Guilain:
Oui mais il y a tante Maryvonne.
Marie-Noëlle:
Ah oui non mais tante Maryvonne c’est autre chose. C’est sa sœur. Mais les amis…
Guilain:
Les amis du côté de ta mère ?
Marie-Noëlle:
Quand on invitait les familles, la famille, oui tante Ise et puis enfin voilà…
Guilain:
Quand tes parents invitaient des amis, c’était beaucoup des gens de Meaux parce que c’était beaucoup des gens que connaissaient ton père ou parce que c’est… ?
Marie-Noëlle:
Mais du coup ma mère les connaissait et elle s’entendait très bien avec eux. Oui, c’était des amis. Non, mais sinon dans les cousins germains, oui, évidemment, il y avait des familles, on se voyait souvent, quand même, ouais. Suffisamment, enfin oui, suffisamment souvent parce qu’il y avait à chaque fois Noël le 1er janvier, nananère, nanana. Il y avait les vacances, il y avait euh…, il y avait des trucs, les communions, les machins, les bazars…
Guilain:
Et le père de ta mère, tu l’as connu toi ou il était déjà mort ?
Marie-Noëlle:
Non, bien sûr que non, il est mort juste avant que mes parents se marient.
Guilain:
Ah oui, donc il est mort tôt.
Marie-Noëlle:
Elle avait 19 ans. Sa mère a 15 et son père a 19.
Guilain:
Donc du coup à 19 ans, elle avait plus de parents
Marie-Noëlle:
Oui, mais alors elle a un mari.
Guilain:
Mais du coup, il y a eu moins de connexion avec les amis de ses parents puisque c’était un peu perdu.
Marie-Noëlle:
Oui sûrement, oui, oui.
Guilain:
Ouais. Ils étaient où, les parents de Madidine ?
Marie-Noëlle:
C’est eux qui ont déménagé de Pécy à… Enfin c’était même pas encore cette ferme-là… À la naissance de maman…
Guilain:
Ils sont allés de Pécy à où ?
Marie-Noëlle:
Ils sont allés de Pécy à Éprunes.
Guilain:
Ah oui. Ah oui. Ils ont quand même… Ils ont vécu à Éprunes.
Marie-Noëlle:
Une vingtaine d’années, mais il y avait déjà, il y avait déjà les quatre filles, Yvonne, qui est décédé à 12 ans.
Guilain:
Mais si s’ils étaient à Éprunes pendant les 20 ans, ils se sont fait des amis dans les alentours.
Marie-Noëlle:
Oui, mais c’est justement ce groupe d’amis là, maman…
Guilain:
elle a pas elle a pas collé avec. Pourquoi ?
Marie-Noëlle:
À cause de… À cause du du fric… À cause des…
Guilain:
Ah, c’est des gens qui jouaient et ça lui faisait peur.
Marie-Noëlle:
Oui, visiblement. Mais je ne sais pas si c’est son père. Brigitte, elle en sait plus peut-être, mais c’est même pas sûr. Mais maman elle disait, c’était très fréquent.
Guilain:
Ouais, c’était pas des gens suffisamment bien pour les voir, parce que c’est des gens un peu douteux.
Marie-Noëlle:
Oui, elle en avait peur. Donc c’est pas la peine de… Et puis voilà, elle s’est installée ailleurs.
Guilain:
Pourquoi elle s’est installé ?
Marie-Noëlle:
Bah c’est ses amis. Mais dans la journée, elle voyait des gens, elle allait beaucoup voir les gens à l’hôpital et tout ça.
Guilain:
Elle allait voir les gens à l’hôpital ?
Marie-Noëlle:
Oui, oui. C’est-à-dire leur tenir compagnie, elle allait les voir quand il y avait quelqu’un qui était malade qu’elle connaissait. Sinon, elle a tricoté des kilomètres de laine, de fils de laine.. Après elle s’est mis à la couture, elle s’est bien débrouillée. Et puis elle s’est mise dans des associations.
Guilain:
Du temps où tu étais encore… ?
Marie-Noëlle:
Oui, j’étais encore là et même quand elle était au début du Mée, ensuite elle s’est arrêtée.
Guilain:
Et tu te souviens ce si vous parlez de quoi vous parliez quand vous étiez toutes les deux ?
Marie-Noëlle:
Alors non, je n’ai pas de… J’ai souvenir d’un retour de l’Alpe d’Huez, mais j’étais grande, on est revenu toutes les deux et on était toutes les deux seulement dans la voiture, et on a parlé ensemble tout le voyage. Mais bon, on a dû se parler des choses habituelles. Enfin, mais je me rappelle que c’était quelque chose dans mes appuis quoi, des choses qui m’ont fait… Mais je sais pas quoi parce que, on parlait souvent… Et puis après quand elle était malade, bon, il y a des fois, j’en avais ras le bol…
Guilain:
Pourquoi tu en avais ras le bol ?
Marie-Noëlle:
Ah bah parce que…
Guilain:
Ah quand elle était malade plus tard, tu veux dire ? Ah oui, à la fin de sa vie.
Marie-Noëlle:
Mais tu vois, on a beaucoup discuté de savoir
qu’est-ce qu’elle voulait faire. Elle me disait, moi j’ai peur la nuit.
Guilain:
Donc là tu parles de la fin de sa vie.
Marie-Noëlle:
Oui, ça c’est la fin de sa vie. Et j’allais la voir pendant 10 ans, tous les 10 jours. Pas tout à fait toutes les semaines. C’est aussi un peu, euh… Et donc là, on voyait bien que ça commençait, enfin il y avait des trucs qui n’allaient pas. Je lui dis : écoute voilà, il y a trois solutions. Soit il y a des gens qui viennent avec toi la nuit, soit tu vas dans des trucs pour les gens à la retraite, des appartements où il y a quelqu’un en bas, ou tu vas dans une maison de retraite. Et donc on a fait un peu le tour de tout. Elle m’a dit ça, je refuse d’avoir quelqu’un dans ma maison, mais je sais pas ce que je veux. Et puis on est allé voir les maisons. Et moi j’ai essayé de lui montrer qu’elle était capable d’être dans celui où on est dans chacun dans son appartement. Et elle a dit non. Ça c’était plusieurs fois, parce qu’on a parlé beaucoup, beaucoup de ça, et puis c’est elle qui a décidé d’aller directement en maison de retraite parce qu’elle avait trouvé que la femme qui faisait les activités était charmante. Mais bon après, voilà, et puis là c’est plus compliqué… Mais là, le plus beau, c’est qu’Édith, Brigitte et moi, on s’est soudé, grâce à elle. Édith, je l’ai au téléphone une fois par an, mais c’est pour moi un support énorme et puis bon, Brigitte, je l’appelle plus souvent parce que maintenant, elle est âgée aussi. Donc voilà. Et ça, c’est un cadeau qu’elle nous a fait. C’est bizarre de dire ça, hein ?
Guilain:
Ça fait déjà 1 heure, je propose qu’on arrête là pour cette session.
Marie-Noëlle:
Ah bah oui après je suis fatigué moi.
Guilain:
Et puis je vais vérifier aussi que tout marche bien.
Marie-Noëlle:
Sinon on recommence !
Guilain:
Sinon, on recommence, 1 heure ! J’espère que ça a marché. Et on reprendra mais sur les autres thèmes. D’accord. Ça va ?
Marie-Noëlle:
Oui, très bien.


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